Initiation à la traduction S3 - Semaine 1 : Autour de la traduction


Initiation à la traduction S3 - Semaine 1 : Autour de la traduction

Initiation à la traduction S3 - Semaine 1 : Autour de la traduction








Plan du cours 1 



Semaine 1 : Autour de la traduction 

Introduction 

Définitions de la traduction
fonctions et enjeux de la traduction
Aperçu historique
 problématiques de la traduction
la traduction en citations
Exercices d’application : analyse et commentaire de citation 





Introduction  Autour de la traduction 


Aussi vieille que le monde, la traduction a toujours été présente dans la vie des individus et des peuples. Elle a sans cesse constitué l’un des rouages essentiels des échanges participant à l’enrichissement des langues, à l’épanouissement des cultures et à la prospérité des civilisations tant à l’échelle nationale qu’internationale. De nos jours, ces fonctions de la traduction se trouvent davantage imposées au sein d’un univers qui continue de se rétrécir au point de devenir ce que Marshall Mc Luhan qualifie de « village planétaire ». Celui-ci est fortement marqué par un besoin permanent et inévitable de l’Homme à communiquer et à puiser du patrimoine universel et de l’ensemble des découvertes scientifiques et techniques qui se multiplient à une vitesse exponentielle. Tous ces facteurs et d’autres constituent incontestablement les raisons d’être de la traduction, d’une part, en tant qu’outil contribuant au respect et à la diffusion de la diversité linguistique et culturelle et, d’autre part, en tant qu’«arme » de défense et de lutte contre une mondialisation extravagante qui nous menace. Cette prise de conscience de l’importance et des enjeux de la traduction explique le renouveau d’intérêt que traductologues, théoriciens et praticiens ne cessent de réclamer pour perfectionner la pratique traduisante à travers la promotion de la formation des traducteurs et l’amélioration de l’enseignement-apprentissage de la traduction. Dans cette perspective, la traduction est parvenue durant ces dernières décennies à se faire une place importante dans la plupart des politiques éducatives en tant que sous-système dont l’enseignement est fondé sur des bases méthodologiques scientifiques s’inspirant des nouvelles théories du langage, de la communication, de la pédagogie, des didactiques des langues,… 

Les enjeux d’un tel intérêt sont nombreux et touchent principalement les aspects linguistiques, communicationnels et interculturels. Au niveau linguistique, la traduction constitue un outil efficace d’apprentissage de la langue dans ses paliers lexical, grammatical et stylistique, et ce en aidant à acquérir la justesse et la grâce de l’expression, la richesse des figures et la facilité de l’explication des idées. En effet, la pratique de la traduction par l’imitation des auteurs qu’elle offre permet de prendre des tours et des pensées plus que ce que permettrait la simple lecture de leurs textes. 

Sur le plan communicationnel, la traduction est une « tâche communicative » qui se réalise selon trois modes : intralingual, interlingual et intersémiotique. Dans les trois cas, elle obéit à un schéma de communication complexe où le traducteur assume à la fois le rôle de récepteur du message source et celui de l’émetteur du message cible (traduit). Ainsi s’instaure-t-il en intermédiaire entre l’autre du texte de départ et le lecteur du texte d’arrivée. La traduction, en tant que forme de communication, s’impose alors comme outil d’échange sans lequel on ne saurait rien du monde dans lequel on vit. Elle facilite ainsi l’ouverture à l’Autre et permet parallèlement d’avoir un autre regard sur le Moi. En somme, partant du fait qu’ « on ne peut pas ne pas communiquer », nous pouvons dire sans le moindre doute qu’ « on ne peut pas ne pas traduire ». 

Quant aux aspects interculturels de la traduction, ils sont dictés par le nouveau contexte de la mondialisation qui fait de la diversité culturelle un enjeu capital et déterminant. Celui-ci fait prévaloir à son tour le principe de rapprochement des peuples, le dialogue des civilisations et la cohabitation des cultures. Dans cette optique, l’enseignement-apprentissage de la traduction peut énormément contribuer au perfectionnement de la langue maternelle du soi et à l’enrichissement de sa culture maternelle en puisant dans la langue et la culture de l’autre des éléments indispensables pour ce faire. 



1- Définitions de la traduction




Il n’est pas difficile de constater que les spécialistes en traduction, théoriciens soient-ils ou praticiens, ne sont pas unanimes quant à la définition de l’acte de traduire, et ce à cause de la multiplicité de ses formes et de ses domaines d’application. Certains considèrent que ce concept est d’une simplicité évidente au point qu’il ne mérite nullement d’être disséqué à chaque fois qu’il s’agit de traduire ou de théoriser sur la traduction. D’autres, par contre, avouent qu’il n’existe point de concept en traductologie aussi délicat et malaisé à cerner que celui de « la traduction ». Mais pour dépasser ces difficultés, chaque groupe de spécialistes charge le signifiant « traduire » d’un signifié en partant de la conception qu’il se fait de la traduction et en fonction de son champ d’investigation et des objectifs poursuivis. Cette pluralité de conceptions, qui a engendré une polysémie de la traduction et une diversité théoriques, trouve son fondement dans l’étymologie même du verbe « traduire ». Celui-ci, explique Larose (1983 :3), trouve son origine dans un très vieux verbe latin transferre (infinitif présent) et translatus (participe passé). Quant à son introduction en français, Cary (1963 :6) nous rapporte que « c’est en 1539 que l’humaniste, lexicographe et traducteur Robert Estienne a lancé le vocable « traduire », l’année suivante Etienne Dolet enchaînait sur « traduction » et « traducteur.» Ainsi, le mot traduire, d’après l’acception de Seleskovitch (1984 :7), « peut trouver bien des définitions et donner naissance à des théories très diverses selon la traduction sur laquelle on raisonne. » 



Le mot traduction recouvre donc des notions fort différentes selon la nature de l’opération en cause, le cadre dans lequel elle s’inscrit et les finalités qu’elle compte atteindre. Certes, la plupart de traducteurs-praticiens ou traductologues-théoriciens, s’accordent à définir la traduction comme processus consistant à faire que ce qui est énoncé dans une langue le soit dans une autre, en tendant à l’équivalence sémantique, expressive, communicative et culturelle des deux énoncés. Cependant, ils admettent à l’unanimité la complexité et la diversité des opérations à mettre en œuvre pour aboutir à une telle équivalence. Pour dépasser cette complexité, nous tenterons de définir la traduction selon trois perspectives : linguistique, communicative et culturelle. Pour commencer, nous admettons que la traduction est une activité humaine universelle devenue, aujourd’hui plus que jamais, indispensable pour l’échange et le contact entre communautés usant de langues différentes. Cette activité est rendue possible et facile grâce aux recherches traductologiques et didactiques qui ne cessent de perfectionner les outils d’analyse du processus traductif et d’améliorer les méthodologies pour enseigner le savoir-traduire. 

D’un point de vue linguistique, Le Grand Larousse Encyclopédique définit la traduction comme « action de traduire, de transposer dans une autre langue » et aussi « résultat de l’action de traduire ; ouvrage qui en reproduit un autre dans une langue différente.»[1] La traduction désigne donc à la fois la pratique traduisante avec toutes les opérations qui l’accompagnent, et le résultat de cette pratique avec toutes les équivalences qui la marquent. Et comme processus, Robert Galisson, dans Dictionnaire de didactique des langues, définit la traduction comme «l'interprétation des signes d'une langue au moyen des signes d'une autre langue». Mais, cette interprétation n'est pas réduite à un simple acte de déchiffrement d'un code linguistique et sa conversion en un autre. Elle exige un processus intellectuel permettant le traitement de l'information véhiculée par le texte à traduire, et ce suivant une suite continuelle de prise de décisions par le traducteur. De son côté, Jean René Ladmiral (1979 : 18) conçoit la traduction, en tant que cas particulier de convergence linguistique, comme une forme de "médiation interlinguistique" permettant de transmettre l'information entre locuteurs de langues différentes. Aboutir à une telle convergence linguistique implique que soient établies des équivalences entre le texte source et le texte cible, équivalences qui sont d’abord fonction de la nature des deux textes. Ainsi, pour les textes pragmatiques par exemple, la traduction, selon Delisle (1980 : 13), est « un art de réexpression fondé sur les techniques de rédaction et sur la connaissance préalable de deux langues. » A ces définitions du point de vue linguistique, nous pouvons ajouter que la traduction est en général une opération de recréation ou de réécriture dont l’usage en didactique des langues peut contribuer au perfectionnement des compétences linguistiques bilingues de l’apprenant à travers le contact des langues qu’elle peut favoriser. Par ailleurs, les définitions précitées sont reprises et enrichies par d'autres spécialistes comme Roman Jakobson (1963 : 78-86) qui propose un vaste élargissement du domaine traductionnel en le divisant en trois secteurs : 

Ø La traduction intralinguale ou reformulation ; 
Ø La traduction intersémiotique ou transmutation ; 
Ø La traduction interlinguale ou traduction proprement dite. 

Le long de ce module, nous mettrons l’accent sur la traduction interlinguale, mais sans pour autant négliger la traduction intralinguale et la traduction intersémiotique dont l’importance n’est pas à nier notamment dans le cadre de l’enseignement apprentissage des langues vivantes étrangères. 

Il convient toutefois de signaler que la traduction n’est pas uniquement affaire de correspondance linguistique entre les signes de deux langues différentes et que pour traduire, il suffit de les connaître. En effet, la connaissance des langues de travail en traduction est une condition nécessaire certes, mais elle n’est pas suffisante étant donné que la traduction est aussi et surtout affaire « d'équivalences de sens, d’effets stylistiques et de finalité entre le texte original et sa traduction.»(Déjean Le Féal 1993 : 155) De ce fait, on peut définir la traduction du point de vue communicatif, comme une transmission d’un message exprimé dans une langue de départ vers une langue d’arrivée tout en veillant à la fidélité au sens de ce message. Cette fidélité est en fait la résultante de trois principes fondamentaux indissociables : 

v Principe de fidélité au « vouloir-dire » de l’émetteur du message original ; 

v Principe de fidélité aux moyens propres de la langue d’arrivée servant à exprimer ce vouloir-dire ; 

v Principe de fidélité au destinataire de la traduction (message exprimé dans la langue d’arrivée). 

L’acte traduisant est dans ce cas un acte de communication assez complexe mettant en jeu au moins deux émetteurs (l’auteur du texte de départ et le traducteur), au moins trois récepteurs (le récepteur du texte de départ, le traducteur et le récepteur du texte traduit) ainsi que le contexte socioculturel du texte source et celui du texte cible. Dans cet acte de communication interlinguistique particulière, le traducteur joue une fonction double, celle de récepteur et celle d’émetteur. Il doit donc disposer d’une compétence de compréhension pour saisir le sens du message dans son contexte de départ à la fois implicite et explicite, et d’une compétence de réexpression pour le reformuler en langue cible en tenant compte du contexte d’arrivée auquel le message traduit est destiné. Selon le schéma de Delisle (1984 :38, 84-85) ci-dessous, le processus traductif se déroule alors en deux phases : la phase de compréhension où l’objectif est de « comprendre pour traduire » et la phase de réexpression où l’objectif est de « traduire pour faire comprendre ». Mais entre ces deux phases, se situe une phase intermédiaire de conceptualisation où se croisent la démarche sémasiologique de déverbalisation et la démarche onomasiologique de reverbalisation. Au cours de ce processus, le traducteur est par excellence un agent de la communication, non seulement interlinguistique, mais aussi interculturelle. Il doit pour ce faire être réceptif à d’autres cultures et d’autres manières de penser. De ce fait, du point de vue interculturel, la traduction peut être conçue comme une médiation culturelle servant à répandre les cultures et à bannir toute tendance à l’ethnocentrisme. 



Conceptualisation 

Compréhension 2. Concepts Réexpression 




Composantes extralinguistiques : 

-paramètres du cadre énonciatif ; 

-implicites ; 

-connaissances du monde, références culturelles 


1. signes de la 3.signes de la 

Langue de départ langue d’arrivée 






[1] Grand Larousse Encyclopédique, Larousse, Paris, 1960-75

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